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Jean Sponde (de)

Jean de Sponde (Mauléon (actuelles Basses-Pyrénées), 1557 - Bordeaux, 1595) était un poète baroque français. Il est né dans une famille liée à la cour de Navarre. Elevé dans un milieu protestant et austère, brillant élève, il reçoit de Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, une bourse d'étude. Il acquiert une parfaite connaissance du grec, et apprend la théologie réformée. Néanmoins, il se tourne vers la littérature profane : il traduit Homère en latin et compose des poésies érotiques. À Bâle à partir de 1580, il étudie sous la direction de Théodore de Bèze. Henri de Navarre lui donnera un poste à sa cour. En 1582, il lit les psaumes et en est profondément marqué ; sa vie prend une orientation religieuse, et il rédige ses œuvres majeures, Méditations sur les psaumes, et Essai de quelques poèmes chrétiens.

Dans ce dernier recueil, il évoque la mort à l'œuvre dans le monde qui entoure l'homme :

Mais si faut-il mourir, et la vie orgueilleuse,
Qui brave de la mort, sentira ses fureurs ;
Les Soleils hâleront ces journalieres fleurs,
Et le temps crèvera ceste ampoule venteuse,


Ce beau flambeau qui lance une flamme fumeuse,
Sur le verd de la cire esteindra ses ardeurs ;
L'huile de ce Tableau ternira ses couleurs,
Et ses flots se rompront à la rive escumeuse.


Rentré en Navarre, il se marie en 1583. Emprisonné à Paris, puis, après avoir été libéré, à Tours, il se convertit au catholicisme en suivant l'exemple de Henri IV. Cette conversion lui vaut la haine des protestants, et d'Aubigné devient son ennemi personnel.

Il meurt à Bordeaux, dans la misère.

On trouve dans son œuvre les principaux thèmes de la littérature baroque : la hantise de l'inconstance, les masques et l'apparence, la mort. La mort au sein de la vie exprime l'aspiration vers l'au-delà, et suscite le besoin d'en appeler à Dieu.

Son écriture cherche à peindre l'épaisseur du monde, les complications du destin de l'homme, son obscurité. Cette sensiblité baroque est exprimée par la recherche du déséquilibre, de la perle irrégulière, de l'étrange et de la richesse excessive des formes. Le monde qui se reflête dans cette poésie est ainsi un monde qui a cessé d'être clair et univoque, et le style de Sponde rend cette complexité palpable.


Voici les pomes de Jean Sponde (de) :

   HA! QUE J'EN VOY BIEN PEU SONGER À CESTE MORT ...
   JE SENS DEDANS MON ÂME UNE GUERRE CIVILE ...
   MAIS SI FAUT-IL MOURIR !...
   QUI SERAIT DANS LES CIEUX, ET BAISSERAIT SA VUE...
   QUI SONT CEUX-LÀ, DONT LE COEUR IDOLÂTRE...
   SUR SA FIÈVRE
   TOUT S'ENFLE CONTRE MOY...